Human Flow

Découvert au Musée de la Photo à Anvers, le FOMU, suivi depuis sur Instagram, je ne manquerai pas de voir le film de cet artiste !

Ai Weiwei : « Je veux montrer les humains derrière l’horreur »

 

Combien y a-t-il de réfugiés actuellement sur Terre ? Comment en vient-on à quitter son pays ? Loin d’être un phénomène récent, la migration a toujours fait partie de l’histoire de l’humanité, partout sur la planète. Dans Human Flow, l’artiste chinois dissident Ai Weiwei nous emmène en voyage à la rencontre des exilés du monde. Et nous fait prendre une sacrée dose de recul.

 Comment est née l’idée de ce film ?

Ai Weiwei : « Je me vois un peu comme Tintin, que vous connaissez bien vu que vous êtes Belge. Tintin est curieux, il voyage partout, il va en Chine, en Inde, il mène des enquêtes… J’ai été détenu en Chine très longtemps, sans le droit d’avoir un passeport. Quand j’ai enfin pu en avoir un, j’ai décidé de partir moi aussi. J’étais curieux de savoir ce qui se passait dans le monde. Avec mon équipe on est allés en Grèce, à Lesbos, au Liban, en Jordanie, au Bangladesh, en Iran, en Irak, en Afghanistan… Je voulais comprendre. Comment les gens deviennent-ils des réfugiés ? Pourquoi quittent-ils leur pays pour faire un voyage si dangereux ? Comment sont-ils accueillis, dans les pays où ils arrivent ? Sont-ils traités comme des êtres humains, ou comme des problèmes qu’il faut régler ? »

Qu’espérez-vous apporter de plus que les autres documentaires ce sujet ?

« Je n’ai pas vu les autres documentaires, juste les informations dans les médias. Et ce que j’ai vu était inacceptable. Avec ce film je veux montrer ce qu’il y a derrière l’horreur : les humains. Le flux des humains est aussi naturel que celui des rivières. L’humain a toujours migré, et on vient tous de quelque part ! Le climat, la guerre, la religion ou la famine, tous ces problèmes ont poussé nos parents, ou les parents de nos parents, à bouger, recommencer, repartir de zéro. Ça fait partie de notre histoire collective, la capacité de l’être humain à s’adapter, échanger, créer une société civilisée. Mais aujourd’hui quand il y a une tragédie, on se dit toujours : c’est leur problème. Je ne suis pas d’accord. Leur tragédie est notre tragédie, et leur tragédie, très souvent, est aussi à cause de notre implication ou de notre négligence. »

 

Avez-vous entendu des solutions concrètes pour régler la question des réfugiés ?

« Non, mais tous ces problèmes sont créés par des humains, et ils ne sont pas si difficiles à régler. Simplement, la nature humaine est égoïste, et lâche. La majorité des réfugiés de la crise syrienne sont en Jordanie ou au Liban, où ils incarnent 30% de la population ! La Turquie a 3 millions de réfugiés. L’Europe toute entière a moins de 2 millions, et c’est déjà un problème énorme ! La solution concrète, c’est le combat pour nos libertés. On pense qu’on est libres, car on a la démocratie, mais c’est une illusion. On veut profiter de nos libertés, mais on ne les protège pas. Quand on n’exerce pas nos droits de citoyens, les politiciens en profitent pour faire peur aux gens et diviser la société. Regardez l’Europe : deux guerres mondiales, génocides, famine, discrimination… Tout ça il y a à peine il y a deux générations. Voulons-nous la même réalité ? Aujourd’hui, dans notre monde moderne avec tous les avantages de la globalisation, sommes-nous capables de prendre nos responsabilités et reconnaître nos privilèges, pour résoudre nos problèmes ensemble ? L’Europe est complètement divisée, chaque pays protège ses intérêts, et personne ne veut collaborer. Ça veut dire que l’Union Européenne est un échec ? Va-t-on revenir à l’ancien temps ? Rembobiner l’histoire ? »

Avez-vous aussi rencontré des initiatives citoyennes ou des ONG qui aident les réfugiés à leur façon ?

« Beaucoup de gens, oui. Mais c’est encore trop peu, et ces organismes n’ont pas assez de pouvoir. Ce qu’il faut, c’est une véritable initiative politique. Arrêter un conflit ou résoudre une crise humaine, ce n’est pas des décisions que les individus peuvent prendre. Mais l’initiative politique vient de la capacité des individus à pousser les politiciens. Si les gens sont égoïstes et disent ‘ce n’est pas mon problème’, ça donne des politiciens comme Trump ou ailleurs. Mais au final c’est le citoyen qui paie les pots cassés. »

« LE FLUX HUMAIN EST AUSSI NATUREL QUE CELUI DES RIVIÈRES »

Les gens qui vont voir ce film sont a priori déjà sensibles à la question des réfugiés. C’est plus difficile d’attirer les dubitatifs, voire les ‘anti’. Comment toucher un plus large public ?

« Oui, c’est un petit pourcentage, mais il faut se dire que si personne n’en parle, ce serait encore pire. Alors si seulement 2% de la population a envie de le voir… c’est quand même quelque chose. Si une seule personne voit ce film et se dit « waouh, ça a changé ma façon de voir le monde », cette personne deviendra peut-être quelqu’un qui peut aider… C’est toujours la même histoire : si vous voyez quelqu’un mourir sur le trottoir, soit vous l’aidez, soit vous ne l’aidez pas. C’est aussi simple que ça. Il n’y a pas de troisième choix. C’est pas profond, c’est pas sophistiqué : c’est la vie, ou la mort. »

Les réseaux sociaux sont aussi une façon de toucher un public plus large. Ils ont redéfini notre façon de communiquer…

« Sans les réseaux sociaux, vous ne seriez pas assise en face de moi aujourd’hui, parce que vous n’auriez jamais entendu parler de moi. J’utilise beaucoup les réseaux sociaux, ça m’a donné à moi, et aux Chinois, la première opportunité de nous exprimer, parce qu’en Chine, simplement, ça n’existe pas. Il y a Weibo (le Facebook chinois, NDLR) mais c’est très contrôlé par la police, tout peut être supprimé. »

Votre film parle de migrations et de frontières, et vous avez vous-même été empêché de bouger…

« Oui, j’étais coincé, dans mon propre pays. Sans aucun droit ni libertés élémentaires. »

Et aujourd’hui vous ne pouvez pas rentrer chez vous. 

« Non, c’est trop dangereux. Deux de mes avocats sont toujours en prison. Et d’autres gens sont portés disparus. Ça me désespère, vraiment. Mais ça ne m’empêchera pas d’élever ma voix, et de dire la vérité. Je ne peux pas être complice de ce silence. C’est juste impossible. »

 

Human Flow : notre avis

C’est une vieille, très vieille histoire. Le documentaire d’Ai Weiwei en capture les chapitres récents. Mais les humains ont toujours migré. Pour se nourrir, pour se protéger, pour voyager. L’artiste chinois, en conflit lui-même avec sa terre natale, est allé avec son équipe à la rencontre de ceux qui, aujourd’hui, vivent déplacés de leur pays. Ils sont environ 65 millions. Oui, il y a ceux de Syrie ou du Soudan, qui débarquent (quand ils y arrivent) dans une Europe déchirée entre accueil et rejet. Mais il y a aussi la Birmanie, la Palestine, les Etats-Unis, le Mexique, l’Irak, le Kenya, la Grèce, l’Italie : 23 pays, mêmes murs, mêmes policiers, mêmes camps. Filmé notamment au drone, ‘Human Flow’ nous fait littéralement prendre du recul pour observer comment cette vieille histoire s’écrit aujourd’hui sur notre planète. Weiwei est dans l’immersion brute (qui atteint parfois ses limites), et son film est une collection de rencontres, de moments et de visages. Sans discours moraliste, sans leçons d’histoire ou solutions : le film est un exposé de la situation. A chacun ensuite de se faire son avis, en connaissance de cause. Une œuvre unique, assurément poignante, parfois dérangeante, mais absolument nécessaire. (em)

☆☆☆☆

 

Elli Mastorou

(source Metrotime.be)

 

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~ par Arielle sur 21 février 2018.

2 Réponses to “Human Flow”

  1. J’ai eu la chance de voir une magnifique expo de Aï Wei Wei dernièrement à Lausanne!… ¨interrogeante¨…

    Aimé par 1 personne

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